Clarice était vêtue d'une élégante robe de soirée. Les idées floues, la jeune femme entreprit tant bien que mal de quitter la pièce et de se rendre au rez-de-chaussée. Les yeux de l'agent spécial se posèrent sur un combiné de téléphone dont la ligne avait été coupée.
Ou vous trouvez-vous docteur? se demanda Clarice tandis qu'elle continuait à explorer les lieux.
Elle ne tarda pas à trouver réponse à sa question. Le charismatique cannibale se debout, occupé à préparer un plat dont Starling ignorait encore l'atroce nature. A ses cotés se trouvait Krendler, qui était visiblement présent contre son gré à en juger par l'expression de son visage.
La scène se troubla pour laisser place à une autre: Hannibal maintenait Clarice plaquée contre le frigidaire tandis qu'il lui demandait si elle pourrait lui demander d'arrêter s'il éprouvait des sentiments pour elle. Dotée d'une force de caractère hors-normes, la jeune femme refusa, acte qu'elle regretta lorsque le docteur lui fit croire qu'il allait dévorer ses lèvres. Ce qui suivit allait marquer à jamais l'agent du FBI: le serial killer Hannibal Lecter l'embrassait, elle qui était censée le remettre entre les mains des autorités. Sur le visage de la jeune femme, on pouvait lire un profond dégoût mais ce qui se tramait dans sa tête et dans son coeur était bien plus complexe que celà. Clarice n'osait pas se l'avouer à elle-même, mais elle prenait du plaisir.
C'est avec cette pensée en tête, que Clarice Starling se réveilla en sursaut. Sa montre affichait 8h. Visiblement, elle était tombée endormie soudainement. Se frottant le front comme pour chasser un mal de crane intense, la jeune femme tenta de se remémorer la précédente soirée.
Lecter ! s'exclama intérieurement l'agent, qui se souvenait à présent très bien de ce qui s'était passé. Cet appel était inespéré pour elle: en se remettant de nouveau à la poursuite de Lecter, peut-être parviendrait-elle enfin à trouver sa place au sein du FBI. Cette simple pensée fit naître en elle un dégoût immense.
- Il m'a aidé et moi la seule chose que je désire c'est de le coffrer pour faire prendre son envol à ma carrière...
Tourmentée, Clarice alla prendre une douche froide pour avoir les idées plus claires. Le havre de paix dans lequel elle s'était enfermé fut décimé par la sonnerie du téléphone qui résonnait dans le salon. Lâchant la pince qui était censée discipliner sa chevelure, la jeune femme attrapa le fixe à la volée. Elle savait qui serait son interlocuteur une fois qu'elle aurait décroché.
- Bonjour Clarice, dit le docteur tout en donnant un pourboire au serveur du café dans lequel il se trouvait.
- Bonjour docteur.
- Avez-vous passé une nuit agréable ?
- Pas vraiment.
- Allons, allons agent Starling, vous n'allez pas me faire croire que mon coup de fil n'a pas réchauffé votre coeur. A moins qu'il ne soit encore en possession de vos chers amis du FBI et quand j'emploie le terme "amis" je fais preuve de beaucoup d'ironie. Vous savez ce qu'est l'ironie je suppose ?
- Bien entendu docteur, mais je vous en prie venons-en aux faits, répondit la jeune femme.
- Bien... Puisqu'il en est ainsi sachez que mon arrivée est imminente. Et je vous déconseille fortement de faire appel à vos collègues. Voyez, je ne vous causerais pas de tort à vous mais je ne peux pas vous promettre que je ne manifesterais pas de résistance envers ces hommes.
- Autre chose ?
- Mettez de coté votre moralité Starling. A bientôt.
Toute sa vie, Clarice Starling avait lutté pour faire honneur à son défunt père. Désormais, agent fédéral, la jeune femme ne se sentait pas pour autant emplie de fierté. Sa présence au sein du FBI semblait être désapprouvée par ses collègues. Tous, même sans avoir longuement conversé avec Clarice, avaient en tête une image d'elle qui ne lui correspondait pas. Seul un homme l'avait toujours respecté et étrangement il était considéré comme le moins humain d'entre tous. Était-elle si opposé au genre humain ? Où Hannibal était-il mal jugé ? Malgré les nombreuses heures passées à son bureau, à parcourir le dossier de l'ancien psychiatre, l'agent Starling ne parvenait pas à le détester comme avait pu le faire Crawford de son vivant. Jack qui avait désormais rejoint sa femme dans ce qu'on nomme le "paradis"... Clarice Starling se sentait plus seule que jamais, et ces appels téléphoniques n'étaient que bénédiction à ses yeux puisque lui permettant de s'enfuir quelques instants de ce quotidien morne dans lequel elle s'était elle-même enlisée. Était-ce l'un des reproches qu'aurait pu lui faire le docteur Lecter ? Pourquoi lui avoir dit d'oublier sa moralité ? Starling passa le reste de la journée à retourner la question dans tous les sens et n'y trouvait aucune réponse plausible... ou peut-être refusait-elle de reconnaître toute l'importance que pouvait avoir cette simple phrase.
Une migraine s'empara alors de l'agent, l'obligeant à sortir pour aller chercher de quoi stopper ses maux de crane. Les rues se faisaient désertes au fur et à mesure que l'heure avançait. Tous rentraient chez eux afin de retrouver leur famille tandis que Clarice errait seule en quête d'un établissement encore ouvert. Quelques minutes suffirent à la jeune femme pour en trouver enfin un qu'elle fréquentait assez pour que les employés se souviennent d'elle? Elle gara sa Mustang à une centaine de mètres de la pharmacie, empoigna sa veste afin de lutter contre le froid et pénétra enfin dans la pharmacie. Un homme d'âge avancé l'interpella.
- Bonsoir agent Starling, que puis-je pour vous ?
- Bonsoir Coleman. Il me faudrait de l'aspirine, la plus puissante que vous ayez.
Le pharmacien lança à la jeune femme un regard interrogateur avant d'aller dans l'autre pièce chercher ce dont elle avait besoin. Quand il eut terminé, il trouva Clarice assise, appuyée contre un mur. Elle tenait sa tête entre ses mains. L'homme s'approcha d'elle, visiblement inquiet pour la santé de cette charmante femme.
- Vous voulez appeler une personne de votre entourage pour qu'elle vous raccompagne ?
- Et qui pourrait-elle donc contacter ? lança d'un ton cinglant, un homme plongé dans la pénombre. A ces mots, Coleman sentit les quelques cheveux qui lui restait se dresser sur sa nuque.
Enfin, l'homme mystérieux vint se placer dans la lumière, révélant ainsi son visage à son interlocuteur. C'était Hannibal Lecter qui lui faisait face, celui qui avait fait de nombreuses unes de journaux à cause de ses trop nombreux crimes.
Sans prêter attention à la présence de l'homme, le psychopathe s'avança vers Clarice avant de s'agenouiller face à elle.
- Comme au bon vieux temps ma chère Clarice...
- J'irai récupérer votre véhicule demain matin. En attendant, cessez de vous comporter avec moi comme pourraient le faire vos charmants collègues, lança t-il d'un ton agacé tandis que Clarice daignait enfin planter son regard dans celui se son interlocuteur.
- Vous venez de tuer un homme devant mes yeux une nouvelle fois, comment vouliez-vous que je réagisse ?
On sentait clairement dans l'intonation de la voix de la jeune femme qu'elle en avait lourd sur le coeur. Reproches, incompréhension, frayeur... tous tournoyaient autour d'elles, à lui en donner le tournis. Clarice ne savait plus quoi penser. Face à ce changement de comportement, Hannibal fut désarmé mais cela il ne l'avouera probablement jamais. Il parvint toutefois à conserver son ton assuré.
- Tout d'abord laissez-moi vous rappeler que les témoins ont la fâcheux tendance à raconter à qui le voudra ce qu'ils ont vu. Ensuite, cet homme n'avait pas que de bonnes intentions à votre égard croyez-moi.
- Ca me regarde, dit Starling en regardant le paysage qui s'offrait à eux.
- Cessez de faire l'enfant, vous...
Hannibal ne put jamais achever sa phrase. Captivé par la vision d'une Starling qui se montrait plus fragile que jamais, l'homme avait baissé son attention quelques instants et la voiture avait percuté un vénérable chêne sans crier gare. Sur le coup, Clarice perdit connaissance. Le docteur Lecter entreprit alors de quitter leur prison. Sans s'attarder sur l'état de son véhicule, le meurtrier se précipita vers la portière de sa passagère. Il l'ouvrit à la volée et détacha avec hâte la jeune femme avant de la sortir enfin de la voiture et de l'allonger sur le sol. Même inconsciente, cette dernière conversait son incroyable beauté. Après maintes tentatives plus ou moins douces pour la ramener à la vie, Hannibal n'eut d'autre choix que de lui jeter une de l'eau au visage.
Grelottante, Starling ouvrit enfin les yeux. La première chose qu'elle vit fut la lueur d'inquiétude dans le regard du docteur, qui s'estompait à présent pour disparaître enfin dans le bleu envoûtant de ses yeux. Clarice était encore toutefois sous le choc et éprouvait quelques difficultés à parler. Elle ouvrit la bouche mais Hannibal lui fit signe de se taire. Contre toute attente, il se pencha sur elle pour déposer un tendre baiser sur ses lèvres. La jeune femme mit une main sur son torse pour le repousser avant de dire d'une voix faible:
- Ne vous approchez pas de moi.
- Comme vous voudrez agent Starling, répondit Hannibal avant de se relever et de lui tourner le dos pour récupérer ses affaires dans le véhicule.
- Que faites-vous ? s'empressa de demander la jeune femme.
- Je vous prends au mot. Je m'en vais.