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Part IV

Part IV

Clarice écarquilla les yeux. Tous deux étant actuellement perdus au milieu de nulle part, elle aurait besoin de l'aide du psychopathe afin de s'en sortir bien que la jeune femme ne manquait pas de ressources.

Rassemblant ses forces, elle prit appui sur ses mains, tentant de se lever. Le docteur Lecter fit alors volte-face et lui tendit sa main valide pour l'aider. Avec une grimace, l'agent du FBI la prit avant que Lecter ne l'attire à lui.

- Que vous le vouliez ou non, nous allons devoir faire équipe ma chère Starling. Et je doute que vous crachiez sur tout contact physique si je devais voler à votre secours.

- Et pourquoi feriez-vous cela ? Je dois vous arrêter, répliqua la jeune femme d'un ton septique. Butée, elle ne parvenait pas à mettre un nom sur la relation qu'elle et l'ancien psychiatre entretenaient, et ne concevait pas que l'un des dix criminels les plus recherchés du pays éprouve envers elle la moindre sympathie.

Mais il te respecte comme personne ne l'a jamais fait auparavant. Clarice Starling, agent du FBI, menait depuis leur rencontre un combat intérieur qui l'épuisait un peu plus chaque jour. Ce n'était pas la réponse que formula le docteur Lecter qui l'aiderait à sortir de ce labyrinthe:

- Une part de vous-même, la vraie Starling, connait la réponse, l'autre, celle qui désire gravir les échelons sans bavures, la maintient dans le silence absolu. Il faudrait songer à faire un travail sur vous-même sous peine d'étouffer. Maintenant en route Clarice. Je ne crains que mon véhicule ne nous ait permit que de parcourir six kilomètres. Par conséquent il nous reste un long parcours avant d'arriver à notre but. Vous tiendrez le coup ? demanda Lecter d'un ton légèrement provocateur, conscient que malgré sa fatigue et ses maux, la dite Clarice ne fléchirait pas et le suivrait.

- Je ne suis pas une chose fragile docteur. Allons-y.

Lecter rassembla ses affaires et rattrapa Clarice qui marchait déjà sur le sentier. Cette dernière semblait déterminée, dépourvue de la moindre crainte. Elle était en confiance.

- Vous n'êtes plus larve Clarice.

La jeune femme tourna son visage vers le docteur et lui lança un regard noir.

- Par là, j'entends que vous avez évolué. Vous êtes une magnifique chrysalide à présent, dit-il en esquissant un sourire.

- Cette métaphore me fait penser à l'affaire Buffalo Bill.

- Ainsi vous n'avez pas effacé ce cher Jame de vos pensées. A s'immerger dans son passé, on en oublie de vivre Clarice.

- Je ne pense pas que vous soyez le mieux placé pour me dire ceci, répliqua Clarice.

Ces mots suffirent à l'homme pour comprendre qu'il valait mieux ne pas insister. Ils marchèrent en silence jusqu'à ce qu'enfin des points lumineux ne fassent leur apparition au loin. A mesure qu'ils s'approchaient, Starling distinguait les formes plus ou moins précises des nombreuses habitations du quartier.
Hannibal avait encore des difficultés à faire la différence entre les diverses habitations parce qu'il avait passé plus de temps à épier Clarice qu'à profiter de sa demeure. C'est ainsi que tous deux parcoururent le quartier le long en large avant de la retrouver enfin. Lecter s'avança d'un pas assuré, s'empara de la clé et l'inséra dans la serrure. Un mouvement gracieux du poignet suffit à ouvrir la porte.

- Je vous en prie passez la première, dit-il en s'écartant de l'embrasure de la porte. Clarice s'exécuta, suivie de près par Hannibal.

L'homme claqua la porte derrière eux. Tous deux se trouvaient dans un long couloir dont les murs étaient recouverts de nombreux tableaux d'artistes renommés.

- De simples reproductions, précisa Hannibal. Suivez-moi.

Clarice s'exécuta et le suivit dans les méandres de ce couloir sombre qui n'en finissait pas. Enfin Hannibal s'immobilisa et, après avoir tourné la poignée d'une porte abîmée par le temps, une nouvelle pièce s'offrit enfin à eux. La jeune femme pénétra la première dans ce qui semblait être le salon. Deux canapés en cuir leur faisaient face, à leur droite se trouvait un piano noir aux formes peu communes. Remarquant son regard s'attarder sur l'instrument, Lecter précisa:

- Il a été dessiné par NYT Line et fabriqué par Fazioli. Je préfère les pianos plus "classiques" mais celui-ci produit un son plus que satisfaisant. Voudriez-vous que je vous en joue ?

Clarice craqua à la plus grande surprise du docteur. Trop d'émotions avaient eu raison d'elle et pour la première fois depuis bien longtemps, l'agent du FBI se montrait vulnérable, ce qui peina presque Hannibal qui feinta un geste de la main en direction de son interlocutrice.

- Ne me touchez pas ! s'écria Clarice, laissant clairement ressortir son dégoût malgré les larmes qui emplissaient ses yeux. Jamais la jeune femme n'aurait imaginé la suite des évènements.

- Clarice ne me détestez pas... répondit Hannibal qui laissait enfin tomber les armes, laissant la possibilité à la jeune femme de lire en lui comme il l'avait fait avec elle durant leurs entretiens à Memphis. Depuis la mort de Mischa, l'homme n'avait plus jamais ouvert son coeur à quiconque. Il avait perdu Dame Murasaki en manquant d'humanité. Sa carapace était-elle à l'origine de certains de ses maux ? Pour la première fois de sa vie, Lecter semblait apte à se remettre en question, à ôter le masque, non pas pour la liberté mais pour l'agent Clarice Starling, celle qui avait le pouvoir de le livrer aux autorités, celle qu'il aimait désespérément.

- Ce que vous me demandez est impossible docteur. Pas en connaissance de vos crimes, répondit Clarice tout en s'emparant d'un mouchoir avant de le tamponner sur son visage perlé de larmes.

- Mais je ne serai jamais qu'un simple damné à vos yeux.

- Vous avez tort, répliqua sèchement la jeune femme.

- Bien, je pense qu'il est grand temps pour nous de nous restaurer. La faim vous rend acide. Tachez de vous détendre une heure, je me charge de tout.

Et sur ces mots, Hannibal s'engouffra dans ce qui devait etre la cuisine, sans accorder un regard de plus à Starling.

La jeune femme, quelque peu dépitée que l'homme ait si bien encaissé la dureté de ses propos, déambula dans la vaste demeure qui devait regorger de mille et un recoins. Clarice avait la certitude que même le docteur Lecter n'avait pas exploré toutes les pièces. Et il était vrai que l'individu avait passé le plus clair de son temps à se délecter de la moindre photographie de Clarice disponible sur internet ou dans la presse, oubliant totalement le monde qui l'entourait. Son seul objectif était de la retrouver, de la prendre, de la garder cette fois ci. Hannibal était déconcerté par son propre comportement. Jamais il n'aurait imaginait pouvoir s'attacher de nouveau au genre humain, celui pour lequel il éprouvait une révulsion sans pareille.

Mais ne perdons pas de vue Clarice, désormais immergée dans une eau délicieusement parfumée. Détendue, la jeune femme s'était remise de ses émotions et se rendait à présent compte qu'elle a avait été dure avec son hôte. Mais comment se montrer agréable avec une personne que l'on était censé arrêter ? Clarice était rongée par la culpabilité. Celle d'avoir renoncé à sa tache, celle de ne pas etre capable de rendre au docteur ce qu'il lui offrait: une oreille attentive, une aide qui s'était révélée précieuse, de l'attention.

Fermement décidée à rétablir le dialogue, elle enfila un peignoir et alla se vêtir d'une robe somptueuse - la même que celle de la soirée passée à Chesapeake, à la différence que celle-ci était encore neuve - que Lecter avait laissé pour elle. Une note accompagnait cette dernière: « En souvenir de cette soirée. »

Une larme roula sur la joue de Starling. C'était lors de cette fameuse soirée que le docteur avait sacrifié l'une de ses mains parce qu'elle avait refusé de le laisser s'enfuir. Coupable, l'agent du FBI alla attendre dans le salon.

- Je vois que vous avez trouvé mon présent, dit le docteur Lecter.

Surprise, Clarice sursauta.

- Pardonnez-moi, je ne tenais pas à vous faire peur, ajouta t-il tandis que la jeune femme lui accordait enfin un regard furtif, gêné, équivoque.

- Peu importe. Ce soir, c'est moi qui vous doit des excuses. Je n'aurais jamais du me comporter ainsi.

- Ce que vous me demandez est impossible Clarice, répondit Hannibal avec malice. Je ne peux pas pardonner un crime que vous n'avez pas commis.

- Tomberons-nous jamais d'accord docteur ?

- J'ai bien peur que non Clarice.

# Posté le jeudi 29 mai 2008 13:28

Modifié le vendredi 30 mai 2008 16:39

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